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Routeur solaire : envoyer le surplus photovoltaïque vers le ballon d'eau chaude

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Routeur solaire : envoyer le surplus photovoltaïque vers le ballon d'eau chaude

Un routeur solaire est un système intelligent qui envoie le surplus de production des panneaux solaires vers la résistance du chauffe-eau au lieu de le revendre. Il mesure en temps réel ce qui partirait sur le réseau et le redirige automatiquement vers l'eau chaude sanitaire : un ballon de 200 litres absorbe environ 9 kWh, de quoi optimiser le taux d'autoconsommation solaire sans batterie.

Pour un foyer équipé de panneaux solaires en autoconsommation, le routeur solaire est souvent l'équipement le plus simple pour faire monter le taux d'autoconsommation sans acheter de batterie. Ce guide explique son fonctionnement, les modèles disponibles, la compatibilité avec le ballon et le compteur, l'installation, puis la question qui décide de l'achat : est-ce rentable face à la revente du surplus ?

Comment fonctionne un routeur solaire ?

Un routeur solaire est un dispositif électronique placé entre le tableau électrique et un appareil résistif, le plus souvent le ballon d'eau chaude. Son principe tient en trois gestes répétés plusieurs fois par seconde : mesurer, comparer, alimenter.

  1. Mesurer : une pince ampèremétrique (un capteur de courant posé autour du câble d'arrivée) détecte le sens et l'intensité du courant au point de livraison. Quand le courant part vers le réseau, la maison produit plus qu'elle ne consomme.
  2. Comparer : le routeur calcule la puissance excédentaire, en watts, qui serait injectée.
  3. Alimenter : il envoie exactement cette puissance vers la résistance du chauffe-eau, ni plus ni moins, pour que l'injection reste proche de zéro.

La différence avec un simple contacteur est là. Un relais classique met le ballon en marche ou à l'arrêt : il faut donc au moins la puissance complète de la résistance (souvent 1 500 à 3 000 watts) en surplus pour qu'il s'enclenche sans puiser sur le réseau. Le routeur, lui, module la puissance. Avec 400 watts d'excédent, il fournit 400 watts à la résistance ; avec 1 200 watts, il en fournit 1 200. Toute l'énergie solaire produite est utilisée à la maison, même par temps couvert.

Cette modulation repose sur deux techniques. La première découpe chaque alternance du courant (gradateur à triac, commande par angle de phase) : la régulation est très fine, mais elle génère des harmoniques qu'un bon produit doit filtrer. La seconde laisse passer ou bloque des alternances entières (commande par trains d'ondes, parfois appelée « burst ») : moins de perturbations électriques, une régulation un peu plus grossière. Les modèles récents combinent souvent les deux.

Le routeur ne remplace ni l'onduleur ni le compteur. L'onduleur solaire qui convertit le courant des panneaux continue de travailler comme avant ; le routeur ne fait que décider où va le surplus une fois la consommation de la maison servie.

Pourquoi le ballon d'eau chaude, et pas autre chose ?

Le chauffe-eau électrique a trois qualités qui en font la charge idéale pour un routeur solaire. Il est purement résistif, donc il accepte n'importe quelle puissance comprise entre zéro et sa puissance maximale sans se dégrader. Il stocke l'énergie sous forme d'eau chaude pendant des heures, avec des pertes faibles pour un ballon bien isolé. Et il représente, selon l'ADEME, le deuxième poste de consommation d'électricité d'un logement chauffé autrement qu'à l'électricité.

Le calcul physique donne l'ordre de grandeur. Chauffer un litre d'eau d'un degré demande 1,163 Wh. Un ballon de 200 litres porté de 15 à 55 °C réclame donc 200 × 40 × 1,163, soit environ 9,3 kWh. Une installation photovoltaïque de 3 kWc, par une belle journée d'été, produit souvent plus de 15 kWh, dont une bonne partie à des heures où la maison consomme peu. Le ballon peut absorber l'essentiel de ce surplus solaire.

D'autres appareils peuvent être pilotés : radiateur électrique à inertie, plancher chauffant, chauffage de piscine, sèche-serviettes. Un routeur multi-sorties définit des priorités : d'abord le chauffe-eau, puis, une fois le thermostat coupé, une deuxième sortie. En revanche, une pompe à chaleur ou un appareil à moteur ne supporte pas une alimentation modulée : seule une sortie en tout ou rien (relais) convient pour eux.

Quel ballon est compatible avec un routeur ?

La compatibilité se vérifie avant l'achat, car elle dépend surtout de la régulation du ballon.

  • Chauffe-eau à thermostat mécanique (résistance blindée ou stéatite) : compatible dans presque tous les cas. C'est la configuration de base pour laquelle les routeurs sont conçus.
  • Chauffe-eau à régulation électronique (anticorrosion active, affichage, mode absence) : compatibilité variable. Certaines cartes électroniques supportent mal une tension découpée. La notice du fabricant ou le service client du routeur donne la réponse.
  • Chauffe-eau thermodynamique : le compresseur ne doit pas être modulé. Le routeur ne peut piloter que l'appoint électrique, ou commander le ballon en tout ou rien par relais, si le fabricant le permet.
  • Ballon solaire thermique avec appoint électrique : compatible sur la résistance d'appoint.

Le thermostat du ballon reste en place et garde son rôle de sécurité : quand l'eau atteint la température de consigne, il coupe, et le routeur redirige le surplus vers une autre sortie ou le laisse partir sur le réseau.

Monophasé ou triphasé : ce qui change

En monophasé, une seule pince ampèremétrique suffit. C'est le cas le plus simple et le plus courant.

En triphasé, la mesure doit porter sur les trois phases. Un routeur triphasé utilise trois pinces et additionne les échanges pour évaluer le bilan réel de la maison. Si l'onduleur est monophasé et raccordé sur une seule phase d'une installation triphasée, le routeur doit savoir sur quelle phase se trouve le surplus et où est branché le ballon. Un modèle monophasé posé sur une installation triphasée donne des mesures fausses : il faut choisir un appareil conçu pour le triphasé ou vérifier la configuration avec l'installateur.

Point à vérifierMonophaséTriphasé
Nombre de pinces de mesureUneTrois
Choix du modèleLarge gamme, kits prêts à poserModèle compatible triphasé obligatoire
ConfigurationSimple, souvent automatiqueRepérer la phase de l'onduleur et celle du ballon
Risque d'erreur de mesureFaibleRéel si le routeur est mal paramétré

Les types de routeur solaire sur le marché

Trois familles de produits se partagent le marché en France.

Le routeur autonome en boîtier : un appareil compact, livré avec sa pince, qui se pose dans le tableau ou à côté du ballon. La mise en service se limite à quelques réglages. C'est la solution la plus répandue chez les installateurs.

Le routeur intégré à un écosystème : certains fabricants d'onduleurs ou de batteries proposent leur propre module de pilotage, qui récupère les données de production directement depuis l'onduleur ou un compteur dédié (smart meter). L'avantage est un suivi unifié dans une seule application ; la contrepartie est une compatibilité limitée à la marque.

Le routeur à monter soi-même : des projets libres existent, à base de carte électronique programmable, avec une communauté active et une intégration à Home Assistant. Ils demandent des compétences en électronique et en électricité ; l'installation sur le circuit du ballon reste un travail d'électricien.

Les critères qui distinguent un bon modèle d'un produit moyen :

  • la précision et la vitesse de la mesure, pour que l'injection reste proche de zéro quand un nuage passe ;
  • le nombre de sorties et la gestion des priorités ;
  • la fonction de marche forcée en heures creuses ;
  • le suivi des données de production routée, sur écran ou dans une application ;
  • le filtrage des harmoniques et le marquage CE ;
  • la durée de garantie et la disponibilité d'un service après-vente en France.

Avant l'achat, la notice et la fiche technique du matériel disent l'essentiel : technologie de régulation, certification et marquage, puissance maximale par sortie, version du logiciel et possibilité de le mettre à jour, présence d'un écran ou uniquement d'une application. Un routeur vendu en série par un fabricant qui publie ces informations est généralement plus sûr qu'un boîtier sans notice en français. Les avis d'utilisateurs sont utiles sur un point précis : la réactivité du service après-vente quand un réglage ne donne pas le résultat attendu.

Le profil de production compte aussi. Chaque panneau solaire produit selon l'orientation, l'inclinaison et l'ombrage du toit ; un champ de panneaux orienté est-ouest étale le surplus sur la journée, un champ plein sud concentre la surproduction autour de midi. Dans le second cas, un routeur est un excellent outil pour absorber le pic, alors qu'un simple relais serait souvent trop lent ou trop grossier. Les réglages de l'orientation et de l'inclinaison des panneaux influencent donc directement le volume d'énergie routée.

Le meilleur routeur solaire n'existe pas dans l'absolu : c'est celui qui correspond au type de ballon, au raccordement (monophasé ou triphasé) et au niveau de pilotage souhaité.

Routeur, batterie ou revente : que faire du surplus ?

Un foyer qui produit plus qu'il ne consomme en journée a trois options pour son surplus d'énergie. Elles ne s'excluent pas, mais leur logique diffère.

CritèreRouteur solaireBatterie de stockageRevente du surplus
Forme du stockageEau chaudeÉlectricité, réutilisable par tous les appareilsAucun, le courant part sur le réseau
InvestissementFaibleÉlevéNul
Valeur d'un kWhLe prix du kWh évité sur la factureLe prix du kWh évité, moins les pertesLe tarif d'achat, nettement plus bas
Durée de vieÉlectronique simple, peu d'usureLimitée par les cycles de chargeContrat de 20 ans

La batterie de stockage solaire rend l'électricité disponible le soir pour tous les usages, mais son coût reste élevé par kWh stocké. La revente du surplus en obligation d'achat EDF OA ne demande rien, mais le tarif d'achat du kWh injecté est très inférieur au prix du kWh acheté. Le routeur se place entre les deux : il ne stocke que de la chaleur, mais pour un investissement limité et avec une valeur par kWh égale au prix de l'électricité que le foyer n'achète plus.

Les trois se combinent : routeur en priorité sur le ballon le matin, batterie ensuite, revente de ce qui reste. Un routeur bien réglé ne coupe pas la revente, il en réduit simplement le volume.

Questions fréquentes sur le routeur solaire

Est-ce rentable d'installer un routeur solaire ?

Dans la plupart des foyers équipés d'un ballon électrique, oui. La rentabilité dépend de quatre facteurs : le volume de surplus réellement injecté aujourd'hui, la taille du ballon, le prix de l'électricité achetée et l'écart avec le tarif de revente. Plus le surplus est important et plus l'écart entre achat et revente est grand, plus le retour sur investissement est rapide. Un foyer qui consomme déjà presque toute sa production solaire en journée gagnera peu.

Un exemple de raisonnement : si le suivi de l'onduleur montre qu'une installation de panneaux solaires injecte chaque jour d'été davantage que les 9 kWh nécessaires au ballon, le routeur peut couvrir l'essentiel du besoin en eau chaude de mai à septembre. Chaque kWh routé est un kWh non acheté au tarif du fournisseur, et non un kWh revendu au tarif d'achat : c'est cet écart, multiplié par la quantité routée sur l'année, qui fixe le gain. Une étude du profil de consommation et de production, à partir des données de l'onduleur, permet d'estimer ce volume avant l'achat.

Faut-il un électricien pour l'installer ?

Le routeur se branche sur le circuit du chauffe-eau et la pince se pose sur l'arrivée générale, dans le tableau. Ce sont des travaux sur une installation électrique fixe, soumis à la norme NF C 15-100. L'intervention d'un professionnel est recommandée, et certains fabricants conditionnent leur garantie à une pose par un électricien.

Le routeur fonctionne-t-il avec le compteur Linky ?

Oui. Le routeur ne lit pas le compteur : il mesure lui-même le courant avec sa pince. Certains modèles savent aussi exploiter la sortie d'information client du Linky (TIC) pour récupérer des données, comme le passage en heures creuses. Le Linky, de son côté, enregistre moins d'injection, ce qui est le but recherché.

Que se passe-t-il les jours sans soleil ?

Le routeur n'a alors rien à router. Une fonction de marche forcée relance le chauffe-eau en heures creuses si l'eau n'a pas atteint une température minimale dans la journée, ou pendant un nombre d'heures défini. Le contacteur jour/nuit habituel peut aussi rester en place en parallèle.

Installer un routeur solaire : les étapes

La pose d'un routeur solaire est une opération courte, mais quelques étapes conditionnent son bon fonctionnement.

  1. Relever la configuration : puissance de la résistance du ballon (plaque signalétique), type de thermostat, raccordement monophasé ou triphasé, emplacement de l'onduleur et puissance crête de l'installation photovoltaïque.
  2. Poser la pince de mesure sur la phase d'arrivée, en amont de tous les circuits, dans le bon sens (une flèche l'indique). Une pince posée à l'envers inverse la lecture : le routeur chauffe l'eau avec le courant du réseau.
  3. Raccorder la sortie du routeur au circuit du ballon, en conservant la protection existante (disjoncteur dédié).
  4. Gérer le contacteur heures creuses : le laisser en parallèle, ou confier la marche forcée au routeur.
  5. Paramétrer : seuil d'injection toléré, priorités des sorties, plages de marche forcée, connexion Wi-Fi pour le suivi.
  6. Contrôler pendant quelques jours dans l'application que l'injection reste faible quand le ballon chauffe, et que le ballon est bien chaud le soir.

Sur un chauffe-eau en place depuis longtemps, c'est aussi l'occasion de vérifier l'état de la résistance et du groupe de sécurité : un ballon entartré chauffe moins bien, avec ou sans routeur.

Aides, garanties et points de vigilance

Aucune aide publique spécifique ne finance le routeur solaire. La prime à l'autoconsommation, qui accompagnait les installations photovoltaïques en vente du surplus, a été supprimée pour les demandes de raccordement déposées depuis le 5 juin 2026. Le routeur est donc un achat à rentabiliser par les seules économies sur la facture, ce qui rend l'analyse du surplus réel d'autant plus utile avant de choisir.

Quelques points de vigilance reviennent souvent :

  • Le démarchage : un routeur vendu comme « solution miracle » avec une promesse de facture divisée est un signal d'alerte. L'appareil ne crée pas d'énergie, il valorise un surplus qui existe déjà.
  • La compatibilité avec le contrat de revente : le routeur réduit l'injection, il ne pose aucun problème contractuel, mais la recette de revente baisse, et c'est normal.
  • Les harmoniques : un produit bas de gamme à gradateur non filtré peut perturber d'autres appareils ou faire scintiller l'éclairage.
  • Le dimensionnement : un routeur qui accepte 3 000 watts sur une sortie ne sert à rien si la résistance du ballon en fait 1 200 ; à l'inverse, une résistance plus puissante que le calibre du routeur est dangereuse.

Pour aller au-delà du ballon, l'autoconsommation solaire et ses leviers (décalage des usages, programmation du lave-linge, pilotage domotique) complètent le routeur. Chaque kWh consommé sur place plutôt que revendu améliore le bilan énergétique et la rentabilité de l'installation solaire, grâce à une utilisation adaptée à la production renouvelable, et contribue à réduire la facture, et le routeur reste souvent le premier outil à installer, parce qu'il travaille seul, tous les jours, sans rien changer aux habitudes du foyer.

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